Projet de loi d’urgence agricole : les agriculteurs attendaient des solutions, ils héritent de vieilles recettes
Le 3 juin 2026 – Suite à l’adoption hier par l’Assemblée nationale du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France regrette un texte qui reste très en deçà des attentes exprimées par les producteurs.
Malgré plus de 2000 amendements examinés en séance publique, le texte adopté conserve les faiblesses du texte initial. Du loup au stockage de l’eau, des relations commerciales à la restauration collective, le projet de loi aborde beaucoup de sujets mais reste silencieux sur l’essentiel : les moyens de production sans lesquels il ne peut y avoir ni souveraineté alimentaire, ni compétitivité de nos filières.
Un texte qui ne répond pas aux difficultés structurelles des producteurs
Les producteurs de fruits et légumes attendaient des réponses concrètes face aux impasses techniques, au retrait de solutions de protection des cultures, à l’accumulation des normes et aux distorsions de concurrence intra européennes. Au lieu de leur donner des outils leur permettant de regagner en compétitivité, les discussions ont débouché sur de vieilles recettes qui ne résolvent en rien les difficultés des filières fruits & légumes. C’est notamment le cas de la nouvelle mouture de l’article 2 interdisant l’importation de denrées alimentaires traitées avec des produits phytopharmaceutiques interdits en France. Clairement contraire au droit européen et donc inopérant, cet article ne dit surtout pas comment les producteurs vont produire plus pour compenser les fruits et légumes qui n’arriveront plus en France.
Sur l’eau, quand prendra fin le double langage de certains députés ?
Le Collectif prend acte du rétablissement en séance publique de plusieurs dispositions relatives à la gestion et au stockage de l’eau qui avaient été supprimées lors de l’examen du texte en commission du développement durable. Le détricotage opéré en commission avait envoyé un signal totalement contradictoire au monde agricole : soutien affiché lors des rencontres en circonscription, sabotage à l’assemblée des quelques débuts de dispositions favorables au stockage de l’eau.
Sur ce même dossier, le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes salue également l’adoption d’un amendement d’Eric Martineau visant à mieux protéger les installations de stockage d’eau contre les actes de dégradation ou de sabotage.
Prix planchers : une occasion manquée pour la compétitivité des filières
Le remplacement du mécanisme des tunnels de prix par celui de « prix planchers » illustre encore une fois cette propension à adopter les vieilles recettes pour pallier les difficultés structurelles de notre agriculture. Même si cette mesure ne concerne pas directement les filières fruits & légumes (pour lesquelles la contractualisation obligatoire ne s’applique pas), elle repose toujours sur la même erreur : croire que l’on compensera notre manque de compétitivité par des mesures d’encadrement étatique des prix.
Le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France appelle maintenant le Sénat à corriger et d’améliorer significativement ce texte afin que son contenu soit enfin cohérent avec son titre. Il s’agit de la dernière opportunité pour le monde agricole avant les échéances électorales de 2027.
