Suspension d’importations de produits contenant des résidus de substances interdites en Europe : une mesure d’affichage sans effet réel pour les filières agricoles

Le 4 janvier 2026 – L’annonce par le Premier ministre d’un arrêté visant à suspendre l’importation de produits contenant des résidus de substances phytosanitaires interdites en Europe — mancozèbe, glufosinate, thiophanate-méthyl et carbendazime — relève davantage de la communication politique que d’une réponse efficace aux difficultés structurelles rencontrées par les agriculteurs français.

👉 Empêcher théoriquement l’entrée de certains produits, plutôt que lever les contraintes qui empêchent de produire en France, place cette mesure à des années-lumière des réalités économiques et techniques des filières agricoles.

Sur le fond, les substances mises en avant ne constituent pas une nouveauté réglementaire. En dehors du mancozèbe, dont le retrait est plus récent, les autres matières actives sont interdites en France et en Europe depuis plusieurs années :

  • glufosinate (2017),
  • carbendazime (2019),
  • thiophanate-méthyl (2021).
    Il s’agit donc de substances déjà bannies de longue date.

Concernant les filières fruitières, l’argument de la concurrence sud-américaine ne résiste pas à l’analyse. Sur la pomme, les volumes importés sont faibles, en contre-saison, et arrivent lorsque les stocks nationaux sont bas. L’impact économique est nul.
La concurrence qui pèse réellement sur les producteurs français est intra-européenne, et cette mesure n’y répond en rien, la libre circulation des biens n’étant pas remise en cause.

La situation est identique pour le raisin de table, tandis que les autres espèces visées sont majoritairement des fruits exotiques que la France ne produit pas.

Enfin, sur la question des résidus, même avec des LMR abaissées au seuil de détection, celles-ci seront très majoritairement respectées. Les produits continueront donc d’entrer sur le territoire, d’autant que les techniques d’« effacement de résidus » sont aujourd’hui parfaitement maîtrisées.

🎭 Cette mesure crée une illusion de protection, sans corriger les déséquilibres réels subis par les filières françaises.
Elle ne permettra pas de faire accepter l’accord Mercosur et pourrait même produire l’effet inverse auprès des agriculteurs.

Reste une question politique de fond : pourquoi persister à répéter les mêmes erreurs en espérant un résultat différent ?
L’exemple récent de l’interdiction d’importation des produits traités au thiaclopride (février 2024) en est une illustration.