Loi d’urgence agricole : une nouvelle fois le Gouvernement réagit sous la contrainte et montre l’absence de stratégie de long terme pour l’agriculture française

Paris, le 16 janvier 2026 – Face à l’aggravation continue de la crise agricole et à l’érosion de la capacité productive française, le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France appelle le Gouvernement à sortir d’une logique de réponses ponctuelles et d’annonces d’urgence pour engager enfin des décisions structurelles en faveur de notre souveraineté agricole. Si le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France prend acte de certaines avancées sur la politique de l’eau, il constate avec inquiétude que les questions structurelles de compétitivité restent une nouvelle fois sans réponse.

Balance commerciale : jusqu’où ira le décrochage ?

Cela fait des années que le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France tire la sonnette d’alarme sur l’ampleur de la crise agricole française. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : bien que la balance commerciale agroalimentaire française ait été globalement excédentaire en 2024 (+3,9 milliards €), cet excédent a chuté de 26 % par rapport à 2023. Pire encore, sur les huit premiers mois de 2025, le solde de cette balance commerciale a chuté de 93 % ! Ainsi, la France pourrait connaître pour la première fois depuis des dizaines d’années un déficit de sa balance commerciale agroalimentaire. Le secteur fruits et légumes, lui, affiche déjà un déficit abyssal de 4,286 milliards d’euros en 2024, confirmant une hémorragie productive sans précédent.

De même, les rapports parlementaires se multiplient et convergent tous vers le même constat alarmant : rapport « La France, un champion agricole mondial : pour combien de temps encore ? » (2019), rapport de la mission d’information sénatoriale sur la compétitivité de la ferme France (2022), rapport de la commission des Finances de l’Assemblée sur la balance commerciale agricole (2024). Les commissions du Sénat et de l’Assemblée multiplient les auditions d’acteurs du secteur, qui pointent tous l’érosion continue de notre souveraineté productive.

Cette dégradation n’est pas conjoncturelle : elle traduit un désavantage structurel massif lié notamment aux distorsions de concurrence. Normes environnementales plus strictes, coûts de main d’œuvre supérieurs, insécurité juridique permanente… Les producteurs français sont pénalisés sur tous les fronts, tandis que les produits importés répondent à des standards bien moins exigeants.

Politique de l’eau : des avancées

Le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France salue néanmoins les orientations prises par le gouvernement sur la politique de l’eau, notamment la suspension jusqu’en septembre des textes fixant les volumes prélevables et l’appel à un moratoire sur les décisions en cours. Ces mesures vont dans le bon mais ne suffisent pas. Sans révision profonde du droit de l’environnement, la construction de retenues d’eau restera bloquée par des contentieux judiciaires systématiques.

Loi d’urgence agricole et moyens de production : le gouvernement doit assumer la fin des surtranspositions

Au-delà de l’eau, les annonces gouvernementales passent à côté de l’essentiel : comment redonner aux agriculteurs français les moyens de produire ? Pendant que nos producteurs sont soumis à des normes sanitaires et environnementales parmi les plus strictes au monde, à des coûts de main d’œuvre sans commune mesure avec ceux de nos concurrents européens, et à des surtranspositions franco-françaises qui vont systématiquement au-delà du cadre européen, les importations affluent massivement sur notre territoire.

Le gouvernement tente d’y répondre dans l’urgence, comme en témoigne la récente suspension de l’introduction de végétaux traités avec certaines substances dangereuses interdites dans l’UE. Mais ces mesures d’interdiction d’importations relèvent davantage de la communication politique. Elles n’améliorent en rien la compétitivité de nos producteurs et conduisent même à des mesures de rétorsion de la part des pays hors UE ciblés. Comme le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France l’a déjà souligné le 4 janvier dernier (voir notre communiqué), la priorité demeure notre compétitivité par rapport à la  concurrence intra-européenne.

Concernant les « moyens de production » qui seraient l’un des piliers de sa loi d’urgence agricole, le gouvernement reste volontairement vague.  D’après certains médias, le ministère « ne ferme pas la porte » à des dispositions concernant les néonicotinoïdes interdits en France mais autorisés dans l’UE. Mais entre assurer qu’« aucun sujet n’est interdit » et assumer la fin effective de certaines surtranspositions, la marche est haute ! Nous appelons donc le gouvernement à se saisir véritablement du sujet : la réintroduction de ces néonicotinoïdes constituerait un premier pas vers le rétablissement de la compétitivité de nos producteurs.